FORET
GOUVERNANCE
Le 22 février 2023
Par Marien Nzikou Massala
La décision du gouvernement congolais d’interdire l’exportation des grumes suscite moult-interprétations, grogne et moins d’adhésion des sociétés forestière. Pour appuyer cette directive des pouvoirs publics, le Centre d’action pour le développement (CAD) a lancé une campagne d’information et de vulgarisation auprès des différents acteurs qui interagissent dans la filière bois.

Le CAD défend la transformation locale du bois
Ils étaient une vingtaine des représentants du patronat des sociétés forestières, des acteurs de la société civile et des fonctionnaires du ministère de l’économie forestière qui ont pris part à la réunion multi-acteur organisée, le 21 février 2023, par le Centre d’action pour le développement (CAD) pour annoncer son soutien à cette directive gouvernementale et le lancement de la campagne de vulgarisation de cette directive interdisant l’exportation des grumes. Une campagne qui vient consolider une directive déjà enclenchée dans la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC). «Nous sommes réunis dans le cadre d’une campagne que nous menons au niveau de la sous-région, Elle a pour objectif d’inciter tous les états membres de la CEMAC à mettre en œuvre la directive portant interdiction d’exportation des grumes dans cette zone», a indiqué, le 21 février 2023, Trésor Nzila Kendet, directeur exécutif du CAD.
Dans un communiqué publié en janvier 2022, le ministère de l’économie forestière avait annoncé aux compagnies forestières qu’en application du code forestier, l’exportation du bois en grume issu des forêts naturelles ou plantées était interdite et qu’à partir de 2023, ces exportations ne porteront que sur les produits semi-finis ou finis. De cette directive directive très peu connue, le CAD et certaines organisations de la sous-région, notamment du Gabon, du Cameroun, de la Centrafrique et de la RDC, ont bénéficié du soutien d’Environnemental Investigation Agency pour inciter les Etats à appliquer cette décision de la CEMAC.
Selon ces organisations, la transformation des grumes localement apporterait une plus-value aux économies des pays de prélèvement de ces essences et participerait au développement des zones d’exploitation. Au Congo, par exemple, le secteur forestier est le deuxième moteur économique nationale après la ressource pétrolière et représente près de 1,7million de mettre cube de production globale dont 41,6% de grumes en 2020. Il procure près de 7000 emplois directs et 15000 emplois indirects, avec une contribution au produit intérieur brut estimé à 5,6%.
Insistant sur l’application et les moyens de suivi de cette directive, le directeur exécutif du CAD pense que, «certes, cette mesure ne satisfait pas les acteurs du secteur bois parce qu’elle vient révolutionner les pratiques, mais notre organisation estime que les autorités congolaises ont pris la bonne direction et que nous devons nous organiser pour soutenir l’initiative aux suites écologique, sociale, économique encourageantes». Pour le patronat des entreprises forestières, cette directive portera un coup sur le secteur bois. «Si on applique cette décision au Congo, nous allons tuer le secteur forestier. Peut-être pas le secteur privé expatrié, mais tous les nationaux vont s’effacer», alerte Georges Claver Bouzanga, conseiller à la société IFO.
Selon ce conseiller, «le Gabon qui est pionnier dans la mise en œuvre de cette directive au niveau de la CEMAC a connu cinq ans de vache maigre avant de connaitre la stabilité de son secteur bois». Aussi, sollicite-t-il des pouvoirs publics «une période transitoire de trois ans pour permettre aux sociétés forestières de s’adapter à cette mesure». Une demande que bat en brèche Dieudonné SITA, directeur des forêts, «nos partenaires que sont les sociétés forestières donnent l’impression qu’ils ont été pris de cours par les lois que nous prenons avec eux. Elles doivent s’aligner aux principes de la loi. Ces sociétés n’ont pas voulu croire en ce que le gouvernement avait dit depuis l’an 2000, concernant cette transformation locale. Quand les lois sont prises, il faut les appliquer».
Bien que les sociétés forestières trainent les pas à s’arrimer à cette direction, Nina Kiyindou Yombo, chargée de programme ressources naturelle et forestière au sein de l’Observatoire congolais des droits de l’homme (OCDH), pense plutôt que, «cette mesure devrait faire l’objet d’une étude afin de mieux la circonscrire afin que toutes les parties prenantes y trouvent un profil». Consultant point focal de la CIB, Achille Tsieta, tempère, «aujourd’hui aucune entreprise n’a contesté cette décision, au contraire, les entreprises forestières ont adhéré à la démarche, mais les autorités doivent tenir compte des plans d’aménagement programmé par ces sociétés». Pour le CAD, «la force de la loi c’est de pouvoir respecter les textes », en espérant que les autorités congolaises veilleront à l’application effective de la directive qu’il attend accompagner.
Crédit photo: Marien NZIKOU-MASSALA
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