ACTUALITE
Par Jean Clotaire HYMBOUD
Anatole Collinet Makosso tente d’infléchir la corruption dans l’administration publique.

Le chef du gouvernement tente d’infléchir la corruption dans l’administration congolaise
Les demandes par l’administration publique et la force publique de ces «prestations fournies» sont des coûts supplémentaires pour des entreprises qui font déjà face à de grosses difficultés financières liées à la conjoncture actuelle. Pour enrayer ces pratiques néfastes, il est désormais fait interdiction à toute administration publique et à la force publique, d’exiger de toute personne physique ou morale contrôlée ou inspectée, des sommes d’argent lors de l’exécution de leurs missions. De même qu’il est désormais interdit à toute autorité administrative et de la force publique, de prélever un quelconque paiement, à toute personne physique ou morale ayant répondu à une convocation qui lui a été servie. Ces paiements, quelle que soit la somme, au titre de pénalités pour des infractions constatées, ne doivent être acquittés qu’auprès d’un régisseur du Trésor public désigné, contre remise immédiate d’un ticket ou autre formule assimilée.
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ENTRETIEN
Le 15 juin 2023
Propos recueillis par Marien NZIKOU-MASSALA et Jean Clotaire HYMBOUD
« Il est faux de dire que l’opposition congolaise ne fait pas des offres alternatives sérieuses »
Président du Parti social-démocrate congolais (PSDC), Clément Mierassa est un ancien ministre du commerce. Cet économiste de formation est l’actuel président de la Fédération de l’opposition congolaise (FOC), une plateforme qui œuvre pour l’alternance démocratique au Congo Brazzaville. Expression d’un engagé du combat politique.

Président de la Fédération de l’opposition congolaise
Que reste-t-il, aujourd’hui, de la Fédération de l’opposition congolaise que vous présidez ?
La Fédération de l’opposition congolaise qui compte trois composantes que sont le Front républicain pour le respect de l’ordre constitutionnel (FROCAD), l’Initiative pour la démocratie au Congo (IDC) et la Composante Jean Marie Michel Mokoko (CJ3M) existe et elle continue son combat pour la libération de notre pays, le changement et l’alternance démocratique.
Je relève, cependant, avec force que deux de ses leaders à savoir Jean Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, candidats lors de l’élection présidentielle de 2016, sont détenus arbitrairement à la Maison d’arrêt de Brazzaville. A ce propos, notre fédération tient à rappeler qu’en 2018, le groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire avait reconnu que leur détention était arbitraire et avait appelé les autorités congolaises à leur remise en liberté immédiate. De même qu’en septembre 2019, l’ancien ministre français de l’Europe et des affaires étrangères, Jean Yves Le Drian, avait parlé avec fermeté au président Denis Sassou Nguesso pour demander des actes concrets à l’égard de Jean Marie Michel Mokoko et d’autres prisonniers politiques.
Avec le recul, quelle est l’appréciation, par la FOC, de la dernière élection présidentielle de mars 2021 ?
S’agissant de cette élection des 17 et 21 mars 2021, certaines choses peuvent être dites, notamment lors de la publication de la liste des partis politiques pour l’année 2020, qui avait amené le ministre de l’intérieur et de la décentralisation a placé en tête le Parti congolais du travail (PCT), une formation politique qui n’est pas en conformité avec la loi. D’ailleurs, la concertation de Madingou, de 2020, qui aurait, dit-on, servi à préparer cette élection n’aura été qu’une mascarade du Parti congolais du travail qui est dans la situation que je viens de rappeler.
Il en est de même du président de la République qui est en situation difficile d’incompatibilité constitutionnelle depuis plus de dix ans, parce qu’étant toujours à la tête du PCT. A ces entorses, l’on peut ajouter, entre autres, le manque de neutralité et le côté partisan de l’administration publique congolaise et décrier une commission nationale électorale qui n’est pas indépendante selon les standards internationaux reconnus.
Au-delà de ce constat, que dire des autres échéances électorales majeures que le pays a connues ces dix dernières années ?
Pour illustrer les échéances sur cette période, la FOC relève les déclarations du président de la République qui en disent long sur le paradoxe entre ce qu’il affirme et ce qu’il fait. En effet, les congolais se souviennent encore que l’opposant Denis Sassou Nguesso, lors d’un meeting de l’alliance de l’Union pour la république et la démocratie (URD) et le Parti congolais du travail (PCT), en 1997, au Boulevard des armées de Brazzaville, avait déclaré que «jamais je ne pourrai accepter que la constitution soit violée. (…) J’insiste pour dire que lorsque la constitution est violée, les démocrates ne doivent pas l’accepter…». Seuls ses compatriotes seront juges de ses paroles et de ses actes.
Pour la Fédération de l’opposition congolaise, ce qui s’est passé au Congo en 2015 et qui se passe de nos jours avec les différentes élections qui ont suivi, est antidémocratique et anticonstitutionnel. C’est surtout ce qui explique que depuis de nombreuses années, le pays est plongé dans une préoccupante crise politique. En fait, pour nous, ces échéances ne sont que des coups de force électoraux, des mascarades aux seules fins de demeurer coûte que coûte au pouvoir.
La Fédération de l’opposition congolaise fait un constat d’échec de la gouvernance du pays par le pouvoir de Brazzaville. Pourquoi cette opposition congolaise, dans son ensemble, n’est pas capable d’exprimer une offre alternative ?
Je suis surpris de votre interrogation. Mais, Jean Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa ne sont arbitrairement détenus aujourd’hui que parce qu’en 2016, ils ont fait des offres alternatives crédibles. Le défunt Guy Brice Parfait Kolelas, président de l’Union des démocrates humanistes (UDH-Yuki) avait déclaré qu’en 2016, c’est Jean Marie Michel Mokoko et lui qui devaient aller au deuxième tour.
En 2021, les congolais ont été stupéfaits du décès de Guy Parfait Kolélas, les 21 ou 22 mars, en pleine période électorale. Cela a donné et donne encore lieu à des débats à propos de l’article 70 de la constitution du 25 octobre 2015. Il est donc très faux de dire que l’opposition congolaise ne fait pas des offres alternatives sérieuses. Cela ne reflète pas du tout la réalité.
Une fois de plus, votre Fédération propose à un pouvoir que vous considérez comme autiste, la libération des prisonniers politiques et la tenue d’un dialogue national inclusif sous l’égide de la communauté internationale. Comment l’opposition congolaise n’arrive-t-elle pas toujours à renverser le rapport de force pour imposer vos doléances ?
Nous pouvons dire que nous sommes en présence de deux visions : la nôtre qui privilégie la force du droit, des idées et des débats ; et celle des autres qui compte beaucoup sur le droit de la force. Pour que nous arrivions à obtenir un rapport de force favorable à nous, il faut qu’il y ait respect des lois et règlements de la République, surtout en ce qui concerne les droits d’association, de manifestations, de la libre circulation et autres… Ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui. Il y a un acharnement sur les opposants et le pouvoir fait tout pour créer un climat de terreur, de peur et autres, dans le seul but de se maintenir au pouvoir.
En revenant au dialogue, pourquoi le président de la République ne veut-il pas en organiser au Congo, alors qu’il l’encourage partout où il fait des médiations. Il y’a là un véritable paradoxe et un problème réel que les congolais dans leur ensemble ne comprennent pas. Il faut rappeler que l’on avait justifié le changement de constitution en 2015 par la nécessité de faire évoluer les institutions. Comment expliquer que jusqu’à ce jour, le Conseil national du dialogue soit inexistant, s’il ne s’agit d’un manque de volonté politique.
Le Congo va mal, très mal. Le pouvoir actuel a plongé le pays dans le chaos et il est incapable de trouver des solutions de sortie à la crise. Au finish ce sont les congolais qui souffrent. Ce qui est triste.
Le Congo Brazzaville est devenu un vaste champ d’expérimentation politique. Outre les changements de constitutions, il y a aussi des formes de gouvernements qui fluctuent, depuis des années, entre des exécutifs sans premiers ministres, des premiers des ministres, des gouvernements avec des pôles, des premiers ministres chefs de gouvernement désormais appuyés par une task force, sans résultats probants. D’où vient le problème ?
La réponse est toute simple. Ce n’est ni la recherche des résultats probants, ni l’amélioration des conditions de vie des congolais qui intéressent les gouvernants. Ils ne sont préoccupés que par une chose : le maintien et la conservation du pouvoir. Seulement, aujourd’hui, avec ce qui se passe en Afrique de l’ouest, particulièrement au Mali, en Guinée et au Burkina Faso, nos compatriotes se rendent compte que les multitudes de mandats sont à la fois antidémocratiques et anticonstitutionnels.
Avec un peuple désabusé et une classe politique incompétente, peut-on croire encore au développement du pays ?
Lorsque l’on examine bien ce qui se passe, on se demande si les gouvernants veulent vraiment développer notre pays ou encore profiter de leur position pour s’enrichir énormément. La Conférence nationale souveraine de 1990 avait déjà clairement constaté, avec préoccupation, que la dette constituait un lourd handicap pour le développement du Congo.
La gestion du président Pascal Lissouba a été qualifiée, par l’actuel régime, de calamiteuse et de catastrophique. Aujourd’hui, on se rend compte que la « guerre du 5 juin 1997 » ne se justifie fondamentalement que par le système : « Ôtes-toi que je m’y mette ». Le bilan est clair. Après l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative des pays pauvres très endettés (IPPTE), qui a permis l’annulation significative de notre dette et ouvert des bonnes perspectives de développement, le bilan est fortement négatif aujourd’hui et la dette est redevenue une grosse préoccupation.
La publication par le consortium des journalistes indépendants des scandales financiers tels que les Paradise papers, les Panama papers et autres Pandora papers a permis de constater que les gouvernants et les dirigeants de plusieurs pays de la planète, parmi lesquels ceux du Congo, ont choisi d’aller placer des fortunes colossales dans les paradis fiscaux. Ils privent ainsi leur pays de ressources importantes et contribuent au développement d’autres pays que le leur. Un véritable paradoxe. Difficile de dire qu’à ce titre, l’on a choisi de poursuivre la marche vers le développement.
Dans la théorie, on prône le développement de son pays, mais dans la pratique, on agit contre son développement. Cela est véritablement triste. A cet effet, il faut prendre l’option de lutter efficacement contre la corruption, les biens mal acquis, les détournements des fonds publics, la fraude, la concussion, le népotisme et autres. Au Congo, il manque encore le courage et la volonté politique pour y arriver. Mais, il ne faut pas désespérer, la prise de conscience de la situation par les congolais conduira inévitablement à un sursaut national.
Nombreux sont les pays occidentaux qui adoptent des lois pour régler la question des biens mal acquis, longtemps décriés par les Ongs internationales. Quelle est votre appréciation de cette nouvelle donne ?
Je suis triste devant cette situation. Le silence sur cette question par nos pays me surprend. Cela confirme que la majorité de nos Etats sont des pays à régimes autoritaires, et sont classés parmi les pays les plus corrompus du monde. Comment expliquer le mutisme curieux des congolais, des acteurs politiques et des gouvernants lorsque les Panama papers révèlent que six congolais détiennent directement ou indirectement plus de 5.000 milliards de FCFA dans les comptes offshores. Où sont les contre-pouvoirs ? Où sont les institutions républicaines ? Où est la justice ? Comment expliquer qu’un congolais de moins de 60 ans y dispose de plusieurs milliards de FCFA ? Le silence n’est pas une réponse appropriée à ce problème. Il faut une réaction.
Sur qui les congolais pourraient-ils alors compter devant un tel désastre ?
Il faut bien sûr compter sur les congolais, la prise de conscience est bien nette.
Crédit photo : DR
Notification : Cet entretien est paru dans PRESENCE ECONOMIQUE N°24 du 26 juin 2023

FORMATION
Le 15 mai 2023
Par Xavier KONONGO
La Banque mondiale forme des journalistes économiques congolais.

L’objectif est de créer un vivier de journalistes qualifiés dans le traitement de l’information économique
Lors de cette formation qui s’est déroulée en présentielle, les journalistes de la presse écrite et audiovisuelle publique et privée ont été reçus, à leur siège, par l’équipe dirigeante du Projet de développement des compétences pour l'employabilité (PDCE), avant de voir, sur le terrain, les résultats dudit projet. Lancé le 30 octobre 2014 pour promouvoir l'acquisition et le renforcement des compétences à l'emploi et à l'entrepreneuriat pour les jeunes vulnérables en zones urbaines, le PDCE a bénéficié de 30 millions USD de la Banque mondiale pour sa mise en œuvre.
Initiative du gouvernement congolais destinée à améliorer l’insertion des jeunes sur le marché du travail et de leurs revenus, ce projet a permis, dans sa version en cours, de former 11.056 apprenants des agglomérations de Brazzaville et Pointe- Noire. Selon les données de l'enquête de suivi menée par le cabinet GIL, 63,4% des hommes et 54,1% des femmes décrochent un emploi, cinq à huit mois après la formation. L’une des apprenantes, Miriphel Badidimio, jeune couturière installée au marché Total de Bacongo, à Brazzaville, a fait le choix de se lancer dans l’entrepreneuriat avec Ba création, son atelier de couture mixte.
Pour cette créatrice, «c'est depuis 2016 que j'ai noué un partenariat avec le PDCE. Grâce à projet, j’ai bénéficié d'une formation conséquente auprès d'un couturier ouest africain de la place. Cette formation m'a beaucoup aidé. D'une machine à coudre de marque Singer, j'ai élargi mes activités en centre de formation en couture avec, actuellement, 26 apprenantes». Formée en gestion, technique de vente et marketing suivi d’un coaching sur le terrain, cette jeune couturière a, non seulement, diversifié ses activités mais aussi amélioré sa gestion et surtout sa rentabilité.
Crédit photo : Banque mondiale
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GOUVERNANCE
18 mai 2023
Par Jean Clotaire HYMBOUD
Le gouvernement du Congo-Brazzaville s’offre une auto-évaluation

L’exécutif devra renforcer les équilibres macroéconomiques
En sus d’une satisfaction globale de l’exécution du programme gouvernemental présenté par le premier ministre Anatole Collinet Makosso, le 21 juin 2021, devant l’assemblée nationale, les membres du gouvernement ont convenu des mesures à prendre pour respecter les prescriptions prises de commun accord avec le Fonds monétaire international (FMI). A ce titre, l’exécutif devra poursuivre les reformes inhérentes au renforcement des équilibres macroéconomiques, dans le cadre de l’exécution du programme économique et financier soutenu par la facilité élargie de crédit de cette institution financière.
La maitrise par le Congo-Brazzaville de la pandémie à coronavirus (Covid 19) a aussi été une des annonces de cette rencontre. En octobre 2022, lors de sa deuxième session ordinaire, la Commission nationale de transparence et de responsabilité dans la gestion des finances publiques (CNTR) avait mené une enquête diagnostique sur le fonds Covid-19. Il s’agissait, pour cette instance, d’auditer les niveaux de transparence et de responsabilité atteints dans la gestion de cette dotation. A cette occasion, Joseph Mana Fouafoua, le président de la CNTR, avait affirmé qu’«il est à noter que l’urgence des mesures mises en place pour lutter contre la Covid-19 a relégué au second plan l’exigence de transparence et de responsabilité dans la gestion des ressources mobilisées dans cette lutte. On constate que des structures et mécanismes de gestion peu orthodoxes ont été créés pour gérer les moyens matériels et financiers mobilisés. La non-conformité à la règlementation en vigueur a conduit à des pratiques également peu orthodoxes concernant la gestion des moyens».
Pour lutter contre ces pratiques qui minent l’administration congolaise, le gouvernement s’est félicité de se doter des textes règlementaires qui devront désormais régir son action dans sa lutte contre ces travers, malgré l’existence de lois antérieures très répressives. Une récente circulaire du premier ministre Anatole Collinet Makosso pour combattre, ce qui est pudiquement dénommés antivaleurs au Congo-Brazzaville, suscite déjà un désintéressement de l’opinion publique, qui en a vu d’autres du même registre.
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AGROFORESTERIE
25 janvier 2024
Par Marien NZIKOU-MASSALA
Des terres villageoises spoliées dans la Lékoumou.
Les communautés locales et populations autochtones de certains villages du département de la Lékoumou, au Congo-Brazzaville, sont dépossédées de leurs terres par des sociétés d’exploitation forestière et d’agro-industries. Une dépossession qui impacte négativement leurs activités de subsistance et surtout la gestion de leur forêt et terre ancestrales. D’autant plus que pour ces communautés, l’acquisition des terres par ces entreprises agroindustrielles n’a pas obéi à la tradition de la contrée.

Une vue de la plantation d’hévea de HEVECO
Cette entreprise interdit aux locaux de cultiver dans son domaine
Les communautés locales et les populations autochtones ont du mal à se départir avec les sociétés forestières et agro-industrielles, dans le département de la Lekoumou, principalement à Mbila, dans le district de Komono. Pour Joseph Mbou, propriétaire terrien de ce village, «la première société qui était venue ici était la société Lexus Agric, malheureusement elle n’avait pas contacté les propriétaires terriens. Elle était venue sans notre consentement, rentrer dans la forêt sans informer les terriens de la contrée comme si nous étions au temps du monopartisme. Lorsque nous essayons de nous rapprocher de la direction de cette dernière, elle rétorque qu’elle paye des droits à l’Etat congolais…».
Dans ce village de près de 621 habitants, les propriétaires terriens, issus de trois clans, sont victimes de violations des clauses arrêtées avec les sociétés d’exploitation forestière et d’agro-industries. Présentement, ces communautés locales et populations autochtones (CLPA) sont dépossédées de leurs terres, ce qui impacte négativement leurs activités de subsistance et surtout la gestion de leur forêt et terre ancestrales. Dans cette partie du département de la Lékoumou, les deux sociétés indexées sont Lexus agric, une société à capitaux malaisiens, filiale d’Atama Plantation et la société Hévéa et caoutchouc du Congo (HEVECO), une société belge spécialisée dans l’hévéaculture et la production du caoutchouc.
Pour les communautés, l’acquisition des terres par ces sociétés n’a pas obéi à la tradition de la contrée. «Quand HEVECO est arrivée en 2014, elle avait rencontré des terriens et leur avait acheté du vin et sollicité de travailler chez nous. Nous leur avons demandé de travailler d’abord et l’on devrait voir par la suite. Ce qui est une tradition locale. Maintenant qu’elle s’est implantée, elle ne veut plus voir les propriétaires terriens. Nous sommes allés nous plaindre auprès de leur direction qui nous a fait comprendre qu’on n’a pas des documents justifiant que ces terres nous appartiennent», explique Joseph Mbou, courroucé.
Un Etat qui attribuera, en juillet 2013, à Lexus agric 50 000 hectares de forêt, dont 25000 ha consacrés au palmier à huile et 25000 ha à l’hévéa, dans la zone de Komono et de Mbila pour une durée de 25 ans, pour un investissement de l’ordre de 250 milliards de FCFA, soit 500 millions USD. Deux ans plus tard, elle bénéficie d’une autorisation de déboisement du ministère de l’économie forestière pour des plantations d’Hévéa. Malgré cette autorisation, «elle s’est lancée dans l’accaparement des terres des communautés locales et populations autochtones interdisant à ces dernières de pénétrer dans la concession sans autorisation». Pour Hubert Moukana, chef du village de Mbila, «lors de l’implantation de Lexus agric, ils nous ont fait comprendre aux gens que la société devait planter le palmier à huile et l’hévéa. Peu de temps après, nous avons compris que ce n’était pas vrai puisque la société n’était intéressée que par une exploitation forestière pure et simple. Ce qui a causé des problèmes avec les populations qui ne gagneraient rien à cette exploitation».
Un détournement d’objectif sanctionné par les pouvoirs publics. Le directeur départemental des affaires foncières, du cadastre et de la topographie de la Lékoumou, Kaboulou Missié Humbert Yves, atteste que l’«on avait retiré le contrat à Lexus agric parce qu’elle n’avait pas respecté le contrat qu’elle avait avec l’Etat congolais». Dans ce village de Mbila, «les dirigeants de la société HEVECO qui ont embauché quelques jeunes du village, n’ont jamais vu les propriétaires terriens. Ils ont le même discours qui consiste à nous dire qu’elle paye ses droits et que nos revendications doivent être adressées à l’endroit de l’Etat. Aujourd’hui, cette société a déjà planté près de 800 ha sur nos terres. Nous sommes partis voir les autorités administratives à Sibiti, la capitale départementale. Pour toute réponse, elles nous ont dit que n’avions plus rien à faire parce que cette entreprise paye ses droits à l’Etat, sinon il faut avoir un titre foncier», fait constater avec amertume le chef du village, avant de poursuivre, «hier nos grands-parents n’avaient pas de titre foncier, pourquoi pas nous aujourd’hui ? Face à cette situation, nous ne sommes plus tranquilles. Jadis les terriens devraient jeter un mauvais sort à ses sociétés, aujourd’hui ces pratiques sont révolues».
La loi congolaise de juin 2018 qui fixe les règles d’occupation et d’acquisition des terres et terrains reconnait que pour jouir des terres coutumières, leurs détenteurs doivent, au préalable, les faire reconnaître par l’Etat. Cette reconnaissance est prononcée par arrêté du ministre en charge des affaires foncières sur la base d’un procès-verbal de la commission nationale de reconnaissance des terres coutumières. L’arrêté de reconnaissance des terres coutumières, assorti d’un plan de délimitation des terres reconnues, consacre leur origine coutumière, détermine leurs détenteurs et vaut autorisation d’immatriculation obligatoire de ces terres, sans préjudice des documents de planification, notamment, le plan de développement et d’aménagement, les plans d’affectation des terres et le plan d’urbanisme. Pour Kaboulou Missié Humbert Yves, «nous avons suggéré de refaire la cartographie parce que HEVECO est en contradiction avec les populations. Elle ne veut pas que les populations fassent les champs alors qu’elles ne se nourrissent que de l’agriculture. Cette entreprise nous a fait comprendre qu’elle devrait remonter l’information au niveau du ministère afin qu’il regarde la question et refasse la cartographie. Cela date de 2022 et jusqu’aujourd’hui nous attendons la suite ».

Notification : Cet article a été réalisé avec le soutien du Rainforest Journalism Fund en partenariat avec Pulitzer Center