EXPRESSION

La noble idée, militante, ce serait que les pays africains de la zone FCFA, se débarrassent de cette monnaie, jugée asservissante par rapport à l’ancienne métropole française, pour la remplacer par une monnaie locale, qui nous rendrait notre liberté. Les fanatismes de tous les bords n’ont qu’un dénominateur commun : la paupérisation collective.
Dans la compréhension des hommes politiques militants de l’indépendance la plus large possible, ainsi que dans la tête de plusieurs intellectuels qui soutiennent techniquement l’idée d’une meilleure maîtrise de notre développement par l’entremise d’une monnaie locale, il est insupportable que la validité du FCFA dans nos transactions commerciales extérieure passe par notre compte d’opération au trésor français. De surcroit si le trésor français perçoit un pourcentage, si minime soit-il, sur la garantie de convertibilité internationale. L’illusion, c’est de faire croire à nos peuples africains dans la zone qui nous concerne, et particulièrement en Afrique centrale, que nous avons atteint la pleine maturité économique nécessaire pour présider entièrement à notre destin.
Il y a quelques questions déterminantes à nous poser :
1- Pourquoi le pétrole, qui constitue la principale source de financement de plusieurs pays africains, est laissé à l’exploitation de sociétés et de capitaux étrangers, malgré sa qualité de ressource stratégique ?
2- Quelle est la quantité et la qualité de nos productions intérieures en Afrique centrale, qui pourraient suffisamment peser sur nos exportations pour assurer des devises suffisantes face à nos ambitions souveraines ?
3- Quelle est la qualité de maîtrise des finances publiques de nos pays pour prétendre à la fois au respect des critères de convergence énoncés en la matière, et endiguer l’endettement dans les meilleures conditions de stabilité économique et sociale, en Afrique centrale ?
Autant de questions qui nous rappellent à nos responsabilités, dans un contexte international où nous apparaissons encore trop fragiles pour aborder ces questions essentielles avec sérénité. Il s’agit de questions de vie, la vie de la nation et celle des citoyens aux conditions sociales diverses, pour lesquelles nous ne pouvons pas prendre des décisions politiquement courageuses, certes, mais dont le niveau de risque est actuellement élevé, trop élevé pour des millions de concitoyens pas du tout préparés pour l’expérimentation de ce type.
Les exemples de pays africains antérieurement engagés dans une démarche similaire, ne permettent pas d’envisager nos sorties de crises par le mécanisme de la monnaie. Les fluctuations parfois désastreuses du franc congolais en République  démocratique du Congo, hier encore appelé Zaïre, les débâcles de la monnaie zimbabwéenne, qui a dépassé des taux d’inflation de 500 %, fournissent une idée des risques de détresse dans lesquels nous pourrions être plongés, même en supposant que les niveaux de corruption de chacun de nos pays connaissent des baisses significatives.
Nous pouvons certainement continuer de travailler : Travailler à la réduction des excès des dépenses publiques, travailler à diversifier nos économies, travailler à améliorer notre capacité de production et de transformation de biens industrialisables, travailler à maîtriser les secteurs énergétiques de l’électricité et de l’eau, travailler à la formation qualifiante de la jeunesse, travailler massivement à la production agricole, travailler au renforcement de la démocratie. Pour sûr, la souveraineté réelle qui naîtrait de cette capacité à nous assumer dignement, constitue le pouvoir à partir duquel nous pouvons envisager des décisions plus fortes, y compris «battre notre propre monnaie». Mais le moment n’est pas venu. Réfléchissons, et ne mentons pas au peuple pour satisfaire notre vanité.
 
 
Illustration:
Rush Bervani MAKOUEZI
Notification: Cet article est paru dans PRESENCE ECONOMIQUE n°19 du Lundi 26 Mars 2018

Lors des décennies d’un Congo-Brazzaville «rouge» et «révolutionnaire» des années 1970, jusqu’à la veille de la Conférence nationale souveraine de 1990, l’entrepreneur était considéré  comme un réactionnaire, un bourgeois compradore, un exploiteur et un oppresseur du prolétariat et des masses laborieuses. A cette ère de la mondialisation et de la révolution numérique où manifestement la pensée libérale a pris l’ascendance sur l’économie dirigiste, avec l’entreprise comme créatrice des valeurs, entreprendre au Congo-Brazzaville n’a pas évolué: c’est toujours une gageure.
Pour preuve, le pays tutoie imperturbablement les profondeurs du classement «Doing Business» établi par la Banque mondiale, depuis quinze ans, pour mesurer la facilité de faire des affaires pour les petites et moyennes entreprises dans le monde. Selon la dernière édition de ce classement, publiée à Washington le 31 octobre 2017, les économies d’Afrique subsaharienne détiennent, pour la deuxième année consécutive, le record du nombre de réformes mises en œuvre pour améliorer l’environnement des affaires.
Ainsi, selon ce classement dont les critères sont unanimement reconnus, le Congo-Brazzaville ne cesse de dégringoler de sa position. Le pays était au 176ème  rang en 2016, au 177ème, cette année 2017, avant de truster la 179ème place en 2018. Et ce, malgré les discours officiels sur les efforts entrepris depuis des années pour améliorer le climat des affaires. Mis à l’air du temps, les anciens marxistes évoquent, désormais, des vocables à la mode tels que le dialogue public privé, l’entreprise créatrice de richesse et moteur de développement ou encore la liberté d’entreprendre, sans convaincre.
Comment convaincre, si le pays n’a présenté, selon le classement «Doing Business» qu’une réforme majeure d’amélioration du climat des affaires en 2017 et cette année. Cette défaillance reflète la pensée exacte et la pratique politique des dirigeants encore accolés, pour diverses raisons, à une idéologie marxisante qui permet le contrôle social. D’autant plus que, le classement de la Banque mondiale indique que les pays africains situés au sud du Sahara ont présenté 83 réformes contre 80 l’année précédente.
De ces longues années dirigistes, le Congo-Brazzaville a connu une période extrêmement destructrice de l’initiative privée par ses citoyens et l’entrepreneuriat en particulier. Ces longues, dures et insupportables années «rouges» ont d’ailleurs consacré l’Etat providence, pas toujours assuré, mais idéologiquement présent et orientateur. De facto, les congolais ont été ainsi amenés à attendre et espérer tout de l’Etat: de leur éducation et leur formation à leur emploi, en passant par la santé.
Un «lavage de cerveau» qui a laissé de profondes séquelles extrêmement inhibitrices de l’initiatrice privée dans toutes les générations de congolais. Sans épargner, hélas, les plus jeunes aujourd’hui. L’attentisme des congolais est devenu légendaire.
Le monde change, et ce, de plus en plus vite. Le Congo-Brazzaville aussi, mais en avançant dans le futur à reculons. L’importance et l’influence mondiales des nations sont désormais proportionnelles à leur puissance, leur poids économique qui sont, eux-mêmes, déterminés essentiellement par la dimension  de leurs entreprises dans le monde.
D’ailleurs, la puissance militaire seule, classique ou nucléaire, n’est plus qu’un élément de dissuasion en dernier recours. Les nations se livrent, désormais, au quotidien, des guerres économiques de formes extrêmement variées allant de l’espionnage industriel à la saine compétition économique, en passant par les protections intellectuelles, les protectionnismes de toutes engeances, les fusions d’entreprises ou encore les offres publiques d’achat (OPA) d’entreprises hostiles ou non.
La classe politique congolaise, les acteurs économiques, les grandes écoles et universités locales devront, dorénavant, prendre la mesure des enjeux de ce concept de guerre économique pour sortir de leur train-train quotidien, faire évoluer leurs mentalités pour, cette fois-ci, élaborer une véritable politique de l’entrepreneuriat qui puisse placer le Congo-Brazzaville parmi les premiers pays en pointe de l’entrepreneuriat en Afrique.
 
Illustration:
Rush Bervani MAKOUEZI
Notification: Cet article est paru dans PRESENCE ECONOMIQUE n°17 du lundi 1er Janvier 2018

Il fut une époque (les années 80) où la seule évocation du Fonds monétaire international (FMI) dans la presse congolaise apparaissait comme un outrage au dogme idéologique qui régentait la république. Le défunt universitaire Isidore Bikindou fit les frais d’une analyse prémonitoire sur les rapports FMI/Congo en allant séjourner brièvement dans la glaciale Maison de pierre, le temps d’un laborieux interrogatoire éminemment inquisiteur. Cela n’empêcha cependant pas le Congo de conclure des accords avec le FMI, qui aboutirent au « Programme d’ajustement structurel », avec tout son cortège de mesures restrictives et d’injonctions polies sur la manière de conduire l’économie.
Aujourd’hui que, de nouveau, l’égérie « Fonds monétaire international », conseillère inspiratrice et source d’eau, comme dans la forêt d’Aricie, se trouve être sous les feux des projecteurs congolais, il y a lieu, au-delà de la langue de bois, de répercuter la question du plus commun de nos compatriote : « Le FMI pour quoi faire » ?
Le Fonds monétaire international, est la résultante d’une conférence monétaire internationale tenue en juillet 1944 par quarante-quatre Etats à Bretton Woods aux Etats-Unis. C’est un organisme qui, à l’origine, fut créé pour assurer le bon fonctionnement du système monétaire international et de l’économie mondiale. Les accords de Bretton Woods instituèrent une unité de change, l’or, et deux monnaies de réserve : le dollar américain et la livre britannique.
Aujourd’hui, plus personne n’est inquiété dans notre pays, de disserter sur le FMI, en bien ou en mal. D’abord parce que la pensée unique marxiste a vécu, ensuite parce que l’entreprise de normalisation du continent se modélise scrupuleusement autant que possible, sur le rythme d’une mondialisation au pas de charge dont le leadership revient aux Etats-Unis. Malgré les résistances d’une Chine en réalité suffisamment puissante pour se permettre quelques minauderies, les mauvais élèves trinquent sous les cris désapprobateurs de leurs peuples affamés.
Le fait en est que depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la garantie du fonctionnement économique équilibré du monde ne pouvait se poursuivre sans s’assurer des freins contre les désordres monétaires observés ici et là dans les nations qui confondaient parfois la prospérité idéologique de complaisance et les accointances serviles des voies de corruption, avec la maîtrise effective des moyens d’une souveraineté patriotique et des moyens de paiement, comme l’ont pu expérimenter les producteurs africains de pétrole qui ont cru opportun de troquer leurs matières premières contre des bibelots réputés porteurs de développement !
Les africains ont surtout appris que leurs déficits criards de gouvernance pouvaient être compensés d’une part par une diplomatie courtisane, et d’autre part par des appels au renflouement du FMI et associés, qui à laisser des dettes insoutenables à la charge des générations futures, en guise d’héritage des temps présents.
Que cela soit clairement dit : le Fonds monétaire international est l’instrument d’une mission civilisatrice mondiale qui, pour assurer au mieux son rôle de gendarme financier du monde, procède par assimilation des micro-civilisations au profit d’une norme qui englobe des modèles de consommation, de culture, de gestion, de loisirs, d’alimentation, dont l’occident détient les clés.
Les conditionnalités économiques et politiques imposées aux Etats débiteurs, constituent les règles de comportement qui nous alignent vers une vision du monde, de pensée unique, orientée vers les sacro-saints principes de la croissance à tout prix, du profit du faible emploi, de la dégradation écologique obligée, dans laquelle les plus faible battront toujours les pavés, pendant que se reproduira le capital dans les meilleures conditions de sécurité et d’expansion internationale. Les Hommes politiques africains pourront toujours continuer de fausser les résultats électoraux, provoquer ainsi des guerres civiles, et solliciter ensuite des aides en genoux, pendant que les autres continueront  d’avancer avec leurs enfants et leurs étudiants.
Les dirigeants africains, si regardants sur la nébuleuse question de la souveraineté nationale, la brade paradoxalement en livrant leurs pays à la  mégestion, et donc en affaiblissant et leurs peuples et leurs démocraties respectives.
Le FMI est cependant une chance pour les africains, parce qu’il les interpelle sur leurs pratiques politiques et économiques ! Il demeure dans les conditions actuelles, notre seule soupape de sécurité pour atténuer les faiblesses de notre organisation de la cité, et nos excès de luxure acquis dans la découverte immature de la puissance de l’Etat. Mais il nous faut aussi réfléchir sur d’autres modalités d’existence des sociétés et de l’Etat, en reformant profondément le mode de formulation des sociétés dominantes.
La Chine et le Japon sont suffisamment avancés dans la prospection de nouvelles manières de vivre, d’être et de faire dans la cité, en considérant par exemple que la décroissance n’est pas une catastrophe. Mais eux, ils ont déjà créé les conditions minimales qui garantissent un environnement social et économique décent pour entretenir une vie décente.
 
Illustration:
willy Chanel OUADIABATANTOU
Notification: Cet article est paru dans PRESENCE ECONOMIQUE n°22 du lundi 1er Juillet 2019
Un reporter égyptien s’adresse au vice-président et ministre de la défense des Emirats Arabes Unis, Mohamed Ben Rachid Al Matou, en ces termes : « Vous avez réussi à faire de votre pays l’égal des grandes nations occidentales. Nous sommes tous impressionnés et fiers de la réussite de Dubaï. C’est la ville du XXIe siècle ! Ne pouvez-vous entamer une grande tournée dans le monde arabe où vous conseilleriez nos dirigeants sur la manière dont ils doivent s’inspirez de votre vision ? »
La conquête du pouvoir est l’ultime raison d’exister des partis politiques ou groupements des partis politiques. Elle rappelle que l’objet primordial du politique est d’assurer le contrôle de l’Etat, au-delà même du projet de société dressé par le prétendant. La toute-puissance accaparatrice de l’envie de pouvoir apparait comme le maître du jeu, bien avant de se poser la question inéluctable de savoir : le pouvoir pour quoi faire ?
Au nom de sacro-saints principes économiques vieillis du monde civilisé, certains choisissent de bâtir la richesse de la nation, entendue comme la somme de ressources économiques les plus importantes possibles, nécessaires pour assurer le bien-être des populations.
D’autres s’engagent vertement dans une politique de puissance armée d’une diplomatie offensive, d’un trésor alimenté par une infrastructure économique tentaculaire, et d’un bras militaire récurrent, aux fins d’exercer leur domination sur d’autres peuples au titre de garantie sur leur propre sécurité nationale.
D’autres encore, plus faussement militants de la pensée humaniste, s’astreignent à l’injonction de l’Etat de droit qui les rendrait fréquentables. Ils consentiraient de fait, au nom du développement humain, à intérioriser l’obligation d’offrir une éducation formelle à tous les citoyens du pays, à garantir des soins de santé acceptables, à assurer l’accès à des logements dignes de personnes humaines, et à travailler à la disponibilité de l’emploi pour résister aux menaces prévisibles de précarité.
La déduction universelle qui découle de tous ces cas de figure, repose sur le caractère dérisoire de toute conquête de pouvoir qui ne soit soutenue par une production effective de richesses directement opératoires. Les exigences économiques dans toutes leurs manifestations, commandent l’effectivité du pouvoir politique. Toute dérogation à cette observation empirique ne conduit qu’à deux destinations non-interchangeables : la décrépitude de l’Etat, qui précède la déchéance, ou la dictature féroce pour se maintenir.
Dans la réalité de la gestion quotidienne des Etats, quel que soit le cas, il faut admettre qu’il s’applique à eux la même logique de gouvernance que celle de l’entreprise : elle se consacre à la capacité de dégager des profits pour financer la redistribution, financer la permanence de l’Etat en ce qui le concerne, et le développement. Profits par l’addition des plus-values productives, profits par la vitalité de la balance commerciale, profits par les résultats de la fiscalité et des droits…
En ce qui concerne particulièrement le Congo-Brazzaville notre pays, les éléments repérables de crise aigüe forcent à comprendre l’actualité de la fin de l’Etat-providence, illustrée par la décision de privatisation au forceps de la Société nationale d’électricité (SNE) et de la Société nationale de distribution d’eau (SNDE). Situer les responsabilités en l’état actuel de la nation congolaise, s’inscrit dans le faisceau pertinent des indices qui vont nous permettre de mieux envisager l’avenir, tout au moins de l’envisager autrement.
Dans ce contexte, toutes les hypothèses, même les plus optimistes, convergent vers la conclusion que les congolais seront raisonnablement invités à consentir des sacrifices, sur le panier de la ménagère et sur l’épargne, avec des effets collatéraux sur la situation de l’emploi, pour une durée qu’il n’est pas possible de quantifier à ce jour car elle sera fonction de la qualité de l’intervention internationale (multilatérale comprise), et du comportement du marché du pétrole.
Les leçons de cette crise, qui n’est pas la première du genre, toutes proportions gardées, suffiront-elles à redimensionner les propensions fastueuses de la société politique, ou le fait constaté de paranoïa cèdera-t-il à l’inclination de suicide collectif ? Quant à l’émir Mohammed Ben Rachid Al Matou, disert, il répondit simplement au journaliste égyptien que son pays et son gouvernement étaient toujours disposés à aider les frères arabes. La condescendance généreuse de l’aide est si agréablement confortable aux africains !
 
Illustration:
Rush Bervani MAKOUEZI
Notification: Cet article est paru dans PRESENCE ECONOMIQUE n°17 du lundi 1er Janvier 2018
Prix Nobel de l’économie, en 1998, pour sa contribution à l’économie du bien-être,  l’économiste et philosophe indien Amartya Kumar Sen affirme que «le but de toute nation est d’accéder au stade du développement intégral et de permettre à chacun de ses citoyens de vivre la vie qui a de la valeur à ses yeux». Pour arriver à réaliser ce but, chaque nation se doit de parvenir à proposer des dynamiques politiques et économiques encourageantes pour s’assurer un développement sain.
Malheureusement, le constat établi lors de la 12eme conférence économique africaine, tenue à Addis-Abeba, en Ethiopie,  en décembre 2017, montrait que «la mauvaise gouvernance est le frein au développement des activités économiques en Afrique et elle coûte chère», tout en ajoutant  que cette «mauvaise gouvernance entraîne de mauvaises élections, qui, par ricochet, fragilisent les institutions, notamment la justice, et entravent l’égalité des chances en Afrique. Avec ses énormes potentialités, la région aurait pu compter parmi les plus prospères de la planète».
Notion  désormais largement utilisée par les théoriciens de l’action publique, les politologues et les sociologues depuis le Sommet de la terre de Rio de Janeiro, au Brésil,  qui, en 1992, a mis en exergue le besoin urgent d’un développement plus soutenable, la gouvernance renvoie aux interactions entre l’État, le corps politique et la société civile, et donc aussi aux systèmes de coalitions d’acteurs publics et privés. Si elle vise à rendre l’action publique plus efficace, proche du bien public et de l’intérêt général, et donc plus légitime, elle est aussi supposée rendre les sociétés plus facilement ou harmonieusement gouvernables.
Cette bonne gouvernance exige donc le renforcement de la qualité des institutions démocratiques, celui de l’Etat de droit et de la société civile en vue de l’instauration d’un climat de confiance, de sécurité et de paix au sein des populations sur un territoire national bien aménagé. De même qu’elle nécessite la viabilité des réformes structurelles, les droits de propriété fondés sur la suprématie du droit, la qualité des processus budgétaires et d’investissements publics, l’efficacité et l’équité de la mobilisation des ressources et des dépenses publiques et la responsabilité et la transparence de la fonction publique. Ce qui n’est pas encore le cas au Congo-Brazzaville.
Le constat qui s’applique à notre pays indique que le processus démocratique, avec l’organisation des élections libres et transparentes, demeure  une chimère. L’absence des dirigeants responsables à la participation au processus économique et politique,  en réalité, des nationalistes, des vrais patriotes au sens propre du terme, pénalise la marche harmonieuse du pays vers sa démocratisation. Il se pose aussi la question des retraités,  perpétuels oubliés, et celle, préoccupante, de l’emploi des jeunes. Sans compter un  pouvoir d’achat des congolais qui ne cesse de se dégrader et des bourses  des étudiants qui sont payées de façon sinusoïdale.
L’aspect le plus dramatique est le trop plein de repli identitaire, du tribalisme et ses corollaires, les antivaleurs qui freinent le développement du pays. C’est ainsi que les postes clés de l’administration civile et militaire sont aux mains d’une seule frange ethnique, la gestion du pétrole, source de prospérité nationale, est une affaire des « initiés », celle  du bois est dans une opacité totale. En un mot, le bois et le pétrole sont soumis à une prédation sans limite. Ce à quoi s’ajoutent un manque de respect des droits de l’homme et une absence de volonté de  lutter contre la corruption.
A ces observations s’ajoute le fait que la plupart des infrastructures de base sont dans un état délétère, la fourniture en énergie électrique et en eau potable est une illusion, la qualité de l’offre en soins de santé est déplorable, avec pour conséquence, un fort taux de mortalité. A titre d’illustration, la capitale Brazzaville recense près de 17640 morts par an, avec,  en termes de dépôts de corps, 49 par  jour à la morgue municipale,  17 à Talangaï et 12 à celle de Makélékélé. Véritables préoccupations des citadins, les voiries urbaines, notamment à Brazzaville et Pointe-Noire, demeurent un problème sans solution.
La résolution de tous ces maux requiert absolument la nécessité de promouvoir une paix réelle, la sécurité et un avenir pour tous. Tels sont les besoins fondamentaux que le citoyen congolais désire et recherche à tout prix. Il faut des vrais efforts de paix dans le pays pour rétablir la confiance. Ce qui est  un travail complexe et à long terme, émaillé, comme nous le constatons depuis plusieurs années, de bonds en avant et de pas en arrière. Il ne nous faut pas oublier que la démocratie fournit un environnement favorable à l’exercice des droits humains et, si elle s’accompagne d’un développement culturel, social et économique équitable, elle constitue une condition préalable à l’établissement d’une paix durable. 
Promouvoir une meilleure gouvernance, c’est aussi encourager, à n’en point douter, le dialogue, à travers une  table ronde réunissant  les acteurs politiques et sociaux afin de  recenser les défis et  rechercher des solutions pour le développement de notre pays. Car, un dialogue fructueux entre les différents acteurs nationaux est une exigence de cette bonne gouvernance.
 
 
Illustration:
willy Chanel OUADIABATANTOU
Notification: Cet article est paru dans PRESENCE ECONOMIQUE n°24 du lundi 07 Août 2023
 
 
 
L’activité humaine, de l’âge de la pierre taillée, au temps moderne, requiert toujours plus ou moins de technologie. Un recours qui confère à la technologie un caractère stratégique. De fait, l’utilisation de la technologie, en adéquation avec une situation donnée, attribue à son utilisateur un avantage concurrentiel certain par rapport à un autre mobilisant peu ou pas de technologie ou encore une technologie inappropriée. Cet avantage concurrentiel se traduit en termes d’efficacité dans la production, d’efficience pour ce qui concerne la productivité, de qualité et d’une meilleure maitrise de l’environnement.
Ainsi, on peut définir la politique technologique comme «le bras technologique» de la politique nationale de développement. Or, toute politique de développement est, par essence, une politique de gain de compétitivité nationale. C’est une stratégie de réduction de différentiels entre nations, et tout particulièrement de différentiel technologique. En illustration, en Europe et aux USA, l’agriculture n’a cessé de progresser en efficacité et efficience depuis 50 ans. 1512 heures étaient nécessaires pour récolter 100 tonnes de blé en 1955. En 2005, cette tâche ne prenait plus que 6,5 heures, soit 232 fois moins ! De même, pour produire 100 tonnes de blé, il fallait 55 hectares en 1955 contre seulement 13 ha en 2005.
A ce jour, malgré l’élaboration des différents plans gouvernementaux de développement, de La nouvelle espérance à La marche vers le développement, en passant par Le chemin d’avenir, le Congo-Brazzaville n’a pas de politique technologique. Pour un pays qui ambitionne de développer, à termes, un tissu industriel à partir de son agriculture, il lui est d’autant plus dommageable de ne pas en posséder pour sa sécurité alimentaire.
En important, chaque année, depuis une décennie, pour quelques 600 milliards de FCFA de nourriture, le Congo-Brazzaville ne peut assurer, à terme, sa sécurité alimentaire. Celle-ci est assurée, selon la FAO, lorsque toutes les personnes, en tout temps, ont économiquement, socialement et physiquement accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive qui satisfait leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour leur permettre de mener une vie active et saine.
Malgré des atouts indéniables que lui procurent 10 millions d’hectares de terres cultivables dont 2 % seulement sont valorisées et un potentiel de capture dans les eaux continentales de 80 000 à 100 000 tonnes de poissons, l’insécurité alimentaire au Congo-Brazzaville est chronique et surtout, l’agriculture n’a cessé de régresser depuis des décennies. En cause, une agriculture contre-performante, une production halieutique stagnante, un système national de production alimentaire non compétitif et inadapté aux besoins alimentaires des congolais et un tissu industriel agroalimentaire inexistant. Pire, le modèle alimentaire des congolais ne permet pas, pour l’instant, d’en améliorer les paramètres.
Sortir de cette spirale relève d’une ambition de politique technologique autonome pour la sécurité alimentaire dont le Congo-Brazzaville doit se doter. Mais aussi des mesures courageuses que les pouvoirs publics devront adopter. Parmi celles-ci, la « relégation » au niveau d’accessoires des aliments dont les matières premières et/ou la production locale n’est pas faisable (pain, bière, etc.) et qui occupent, aujourd’hui, des positions prépondérantes. Mais aussi la recherche et la réalisation d’une meilleure couverture de la demande par l’offre locale pour les aliments dont la production nationale est possible (poisson salé, produits avicoles, etc.) tout en rendant solvable la demande alimentaire des congolais par plus de pouvoir d’achat et de revenus.
Pour ce, il nous faudra modestement capitaliser l’expérience des autres et surtout lever les contraintes afin que différents acteurs s’investissent et convertissent au maximum les nombreux atouts du pays. Ce qui nécessite un dispositif opérationnel intégrant de nombreux instruments fonctionnant en synergie tels qu’un arsenal réglementaire et des normes, des structures d’incitations financières et fiscales, des organismes d’appui au développement, relais de l’action des pouvoirs publics et des centres publics et privés de recherche-développement dans le secteur agroalimentaire.
A ce dispositif devra se joindre une politique de partenariat public-privé en accord avec les industries et autres opérateurs agricoles, la mise en place des organismes de vulgarisation vers les acteurs du secteur et de communication auprès des consommateurs. Pour accompagner ces initiatives, les pouvoirs publics devront inciter les acteurs agricoles à la mécanisation des diverses opérations culturales, la taille suffisamment grande des exploitations constituées ou regroupées permettant alors une meilleure rentabilisation des investissements de mécanisation et favoriser la fabrication locale d’équipements de mécanisation. Ce qui est éminemment stratégique. Car, on ne se développe jamais en demeurant importateur net d’équipements.
 
Illustration:
Rush Bervani MAKOUEZI
Notification: Cet article est paru dans PRESENCE ECONOMIQUE n°23 du lundi 09 Septembre 2019

C’est en 1944, à Bretton Woods, que la sœur jumelle de la banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) avait été créé. Le but était de stabiliser le système financier international, en réglementant la circulation des capitaux. D’où vient-il alors que certains Etats africains recourent au FMI, pour disent-ils, sortir des crises dans laquelle ils pataugent bon an mal an ? En plus de cette question, il serait tout de même intéressant de chercher à savoir et à comprendre comment fonctionne cette institution financière internationale. On ne peut, en effet, se lier à une organisation de façon cyclique sans que le grand public ne sache à qui nous avons affaire.
Contrairement à une idée savamment répandue dans la rue congolaise, le FMI n’est pas une association caritative auprès de laquelle nous allons demander l’aumône et qui, en souriant, gentiment, va nous donner de l’argent. C’est on ne peut faux et il est consternant que dans un pays qui se targuait hier d’avoir le taux de scolarisation le plus élevé d’Afrique, par tête d’habitant, on  puisse faire montre d’un tel manque de culture économique. Ces compatriotes ne savent peut-être pas que tous les Etats du monde ne sont pas membres du FMI, parce qu’ils n’y trouvent pas forcément un quelconque intérêt. Cette institution financière a un directeur qui élu pour cinq ans et, de façon immuable, il est européen. De même que la place de numéro deux est réservé aux USA, pour son poids au sein de l’institution, du fait de leurs droits de tirage spéciaux (DTS).
Actuel numéro deux du FMI, en poste depuis septembre 2006, John Lipsky, ex-économiste en chef de JP Morgan, une des principales banques d’affaires aux USA, avait prévenu, dès mars 2010, les gouverneurs des pays développés qu’ils avaient le devoir de préparer leurs opinions publiques aux mesures d’austérité (comme la baisse des allocations santé et retraite, réduction des dépenses publiques, hausse des impôts etc.) Si leurs peuples bénéficient des filets sociaux (allocations chômages par exemple), imaginons le sort des damnés de la terre que nous sommes, à qui on impose ces diktats.
C’est dire à quel point les africains sont soumis et extrêmement résignés. Or, l’austérité est l’arme préférée du FMI. Chaque pays qui signe un programme avec cette organisation en connait les conditions puisqu’elles sont écrite noir sur blanc, car elle ne donne pas de l’argent mais en prête. Et, en bon prêteur, le FMI impose des conditions extrêmement draconiennes. Plus fortes que celles des banques et des Etats. Et les dégâts causés par ces mesures à travers le monde, dans les pays faibles, ne sauraient être quantifiées : ce sont des vies humaines qui sont passées de vie à trépas. Qui peut évaluer le coût de la vie humaine ? Dans le cadre de la transparence démocratique, ces conditions devraient être étalées dans tous les Etats sur la place publique. Nos représentations nationales (Assemblée, Senat) devraient débattre à ce sujet, devant les gouvernements qui devraient avoir l’obligation de dire de quoi il s’agit et ce qui se passe exactement. Car, plus les choses sont opaques et moins c’est bon pour notre continent. Avoir un minimum d’instruction, dans la langue que chacun utilise au quotidien, on pourra tous savoir ce que font nos gouvernants avec cette institution.
Ce n’est pas la première fois, en effet, que des Etats africains ont recours au FMI pour jouer, dit-on, les sapeurs-pompiers. Mais, en général, on ne nous dit pas pourquoi on appelle le FMI qui s’est assigné pour mission, entre autres, d’aider les pays en crise à sortir de cette situation. Le FMI n’a pas une usine où l’argent est fabriqué du soir au matin. Il faudrait arrêter avec certains fantasmes lugubres. L’argent de cette institution financière n’est autre que celui des cotisations de ses membres. C’est dire que, si les Africains le veulent réellement, vraiment, véritablement, ils peuvent bien mettre sur pieds leur propre fonds monétaire.
Si, en près de 60 ans de présence au sein de des organisations onusiennes, nos Etats appellent et rappellent régulièrement le FMI, cela veut dire que le mal qui cause nos fameuses crises est trop profond. Mais qui le dit ?
Le Congo avait déjà été contraient par le FMI, de 1993 à 1996, de mettre en place le programme d’actions de relance économique et social (PARESO), avec une chape de plomb qui s’est abattue sur la tête des fonctionnaires congolais et de leurs familles. En effet, le traitement des fonctionnaires avait été imputé de 23% ! Un commandant, membre des forces armées congolaise (FAC), parti toucher son salaire en banque était tombé après avoir perdu connaissance. Il venait de réaliser ce que représentait 23 % pour son salaire...
Quand on ne retient pas les leçons de l’histoire, on est appelé à revivre les mêmes douleurs, mais de façons pire encore. A quelle sauce, cette fois-ci, les congolais vont être mangés ? Seul un avenir très immédiat nous le dira.
 
Illustration:
Willy Chanel OUADIABANTANTOU
Notification: Cet article est paru dans PRESENCE ECONOMIQUE n°21 du lundi 1er Avril 2019