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MEDIATION

Le 20 juin 2023
Par Jean Clotaire HYMBOUDMEDIATION

Une conciliation africaine non aboutie.

Conduite par le président sénégalais Macky Sall, une délégation composée par ses pairs, le sud-africain Cyril Ramaphosa, le zambien Hakainde Hichilema et le comorien Azali Assoumani s’est rendue à Kiev, en Ukraine, et à Saint-Pétersbourg, en Russie,  du 16 au 20 juin 2023, pour effectuer une médiation entre ces deux pays en guerre. Un conflit qui menace la chaîne d’approvisionnement alimentaire du continent africain. 
Les présidents Azali Assoumani, Volodymyr Zelensky et Cyril Ramaphosa à Kiev
Le conflit entre l’Ukraine et la Russie menace la chaîne d’approvisionnement alimentaire du continent africain
En poste à Brazzaville, un diplomate africain énonce que «ceux-là même qui nous interpellent pour nous déconseiller d’effectuer cette médiation entre l’Ukraine et la Russie pour nous concentrer sur le Soudan doivent se poser la question de savoir ce que ce pays apporte pour nourrir le continent». En effet, les conséquences de ce conflit entre les deux géants agricoles pénalisent lourdement les pays africains dans l’approvisionnement du blé, des céréales ainsi que des principaux intrants agricoles tels que les engrais. Pour les chercheurs du Policy center for the New South, «cette guerre fait suite à plus de deux ans d'une pandémie qui a affecté les chaînes d'approvisionnement et la production mondiales, et a encore plus gravement touché les pays les plus pauvres du monde».
Présentée par les russes comme une simple opération militaire, la guerre entre ces deux nations occidentales que sont les greniers à céréale du monde à un impact négatif sur la sécurité alimentaire du continent. Pour illustration, au cours de la dernière décennie, les importations de blé de l'Afrique ont augmenté de 68 % entre 2007 et 2019, pour atteindre 47 millions de tonnes. Selon de nombreux experts, la consommation continentale de blé devrait atteindre 76,5 millions de tonnes d'ici 2025, dont 48,3 millions de tonnes, soit 63,4 %, devraient être importées en dehors du continent, principalement en Russie et en Ukraine. D’où l’urgence, pour les dirigeants africains, d’apporter leur concours pour enrayer cette inflation de violence.
Présentée par Cyril Ramaphosa comme une "mission de paix", la médiation africaine a brodé un plan de paix en dix points sur, entre autres, la désescalade des deux côtés, la  reconnaissance de la souveraineté des pays telle que reconnue par l’ONU, des garanties de sécurité pour toutes les parties, la libération des prisonniers de guerre  et la levée des entraves à l’exportation des céréales via la mer Noire. Visiblement, le principal souci de cette délégation. Outre les céréales, la fermeture d'opérations portuaires en mer noire, suite aux sanctions des alliés de l’Ukraine, pénalisent les flux commerciaux entre l’Afrique la Russie, l'un des plus grands exportateurs d'engrais au monde. En effet, une pénurie mondiale d'engrais entrainerait une hausse des prix des denrées alimentaires avec des répercussions catastrophiques sur la production agricole et la sécurité alimentaire.
De ce conflit qui asphyxie l’Afrique, de nombreuses voix, sur le continent, le perçoivent désormais comme une opportunité pour développer des systèmes alimentaires résilients et inclusifs en Afrique et, par conséquence, réduire sa dépendance aux importations alimentaires en provenance de l'extérieur. Pour ce, le continent doit profiter de ses 60 %  de terres arables dans le monde pour cultiver davantage de nourriture pour la consommation intérieure. Mieux, les pays africains devraient dorénavant se concentrer sur le Programme détaillé pour le développement de l'agriculture africaine (PDDAA) pour une croissance agricole accélérée, avec, en toile de fond, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) qui devra être un levier et un moteur pour les marchés agroalimentaires intra-régionaux.
Un meilleur positionnement géostratégique est une autre opportunité que l’Afrique doit tirer de cette guerre entre les deux belligérants et leurs alliés. Sommé de choisir un camp, le continent affirme désormais son autonomie et sa souveraineté. Une position qui l’amène à être courtisé par tous. Longtemps éloignée des préoccupations de l’Afrique, sauf pour le négoce des céréales, l’Ukraine développe actuellement sa présence en terre africaine. Preuve de son intéressement, en novembre 2022, elle a fourni plus de 125 000 tonnes de céréales en Somalie et en Ethiopie et au Kenya où des millions de personnes sont frappées par la famine. Pour sa part, la Russie peine à rendre visible son offensive diplomatique sur le continent africain, à moins de la brouiller avec sa milice d’Etat. La Russie de Vladimir Poutine compte néanmoins effectuer un geste politique envers le continent, en organisant, du 26 au 29 juillet 2023, un sommet Russie-Afrique à Saint-Pétersbourg.
Préparée depuis plusieurs mois par Jean-Yves Ollivier, de la Fondation Brazzaville, et le sud-africain Ivor Ichikowitz qui dirige une fondation qui porte son nom et le groupe d'armement Paramount Group, cette médiation n’a pas porté des résultats probants. Le président Volodymyr  Zelensky a opposé un refus net à cette médiation. Pour le dirigeant ukrainien, «permettre toute négociation avec la Russie maintenant, quand l’occupant est sur notre terre, signifie geler la guerre, geler la douleur et la souffrance. La Russie en profitera pour devenir plus puissante, s’armer encore plus et agresser encore plus l’Ukraine». 
Un refus franc de Volodymyr Zelensky, une attention polie mais sans engagement de Vladimir Poutine. En quarante-huit heures de déplacement, en train et en avion, entre Kiev et Saint-Petersbourg, les quatre chefs d’Etat africains ayant participé à la tentative de médiation entre la Russie et l’Ukraine ont pu mesurer la difficulté de soumettre un plan de paix à deux belligérants qui, dans leurs déclarations publiques et dans leurs actes, ne semblent en l’état pas prêts à céder quoi que ce soit. Pour sa part, le dirigeant russe Vladimir Poutine a manifesté son intérêt pour les propositions des émissaires africains, tout en indiquant qu’elles étaient très difficiles à mettre en œuvre.
 
Crédit photo :
AFP
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